Éléments de didactiques

 

ENSEIGNER AUTREMENT!

 

 

Le Contrat didactique

Le concept de contrat didactique a été introduit, en didactique des mathématiques par

Guy Brousseau.

« Dans toutes les situations didactiques, le maître tente de faire savoir à l’élève ce

qu’il veut qu’il fasse mais ne peut pas le dire d’une manière telle que l’élève n’ait qu’à

exécuter une suite d’ordres. Ainsi ce négocie ʺ un contrat didactiqueʺ qui va

déterminer explicitement pour une part, mais surtout implicitement, ce que chaque

partenaire va avoir à charge de gérer. »

G.BROUSSEAU, 1986

« On appelle contrat didactique, l’ensemble des comportements de l’enseignant qui

sont attendus de l’élève, et de l’ensemble des comportements de l’élève qui sont

attendus de l’enseignant…Ce contrat est l’ensemble des règles qui déterminent

explicitement pour une petite part, mais surtout implicitement, ce que chaque

partenaire de la relation didactique va avoir à gérer et dont il sera, d’une manière ou

d’une autre, comptable devant l’autre. »

G.BROUSSEAU, 1986

« Le contrat didactique met le professeur devant une véritable injonction paradoxale :

tout ce qu’il entreprend pour faire produire par l’élève les comportements qu’il

attend, tend à priver ce dernier des conditions nécessaires à la compréhension et à

l’apprentissage de la notion visée. Si le maître dit ce qu’il veut, il ne peut plus

l’obtenir »

G.BROUSSEAU, 1986

Un des problèmes majeurs du contrat didactique est son caractère implicite. Tout

se joue dans la situation scolaire, comme si les partenaires avaient à respecter des

clauses qui n’ont jamais été discutées et ne s’explicitent qu’à l’occasion de ses ruptures.

Ceci, non parce que l’enseignant chercherait à cacher quelque chose aux élèves, mais

parce que lui comme eux sont liés par ce contrat qui les dépasse, et qui caractérise la

situation d’enseignement.

On peut résumer de la façon suivante les caractéristiques du contrat didactique :

1. Le contrat didactique est un système d’obligations réciproques, largement

implicite, qui détermine ce que chaque partenaire (l’enseignant et l’enseigné)

a la responsabilité de gérer, et dont il sera d’une manière ou d’une autre,

responsable devant l’autre. Le contrat didactique définit le métier de l’élève,

autant que le métier du maître, aucun des deux ne pouvant se substituer l’un

à l’autre, sans faire effondrer la tâche d’apprentissage.

2. Le contrat didactique dépend en premier lieu de la stratégie d’enseignement

adoptée. Les choix pédagogiques, le style du travail demandé aux élèves, les

objectifs de formation, l’épistémologie du professeur, les conditions de

l’évaluation…font partie des déterminants essentiels du contrat didactique

qui devra être adapté à ces contextes.

3. Le contrat didactique préexiste toujours à la situation didactique et la

surdétermine, L’enseignant y est contraint tout autant que l’élève, pour ce

qui le concerne. Le contrat n’est jamais statique, il peut évoluer au cours de

l’activité d’enseignement. L’acquisition du savoir par les élèves est l’enjeu

fondamental du contrat didactique. A chaque nouvelle étape, le contrat est

renouvelé et renégocié. La plupart du temps cette renégociation passe

inaperçue.

4. Le contrat didactique se manifeste surtout lorsqu’il est transgressé par l’un

des partenaires de la relation didactique. Une grande partie des difficultés

des élèves est explicable par des effets de contrat, mal posé ou incompris

(l’élève ne sait pas qu’est ce qu’on attend de lui exactement). Beaucoup de

malentendus, de sentiments d’être brimé, ont pour origine un contrat

didactique mal adapté ou incompris. Le désir d’adaptation des élèves peut se

heurter à la versatilité dʹun enseignant dont ʺ on ne sait jamais ce quʹil veut ʺ.

De telles situations peuvent déboucher sur un refus scolaire et dans les cas

extrêmes sur l’échec scolaire.

Exemple de rupture du contrat didactique : L’age du capitaine

C’est le titre d’un livre de Stella BARUK, en référence à une expérience devenue,

maintenant célèbre de l’IREM de Grenoble.

On a proposé à 97 élèves de CE1 et CE2 le problème suivant :

« Sur un bateau il y a 26 moutons et 140 chèvres. Quel est l’age du capitaine? »

Or, parmi les 97 élèves, 76 ont donné l’age du capitaine en utilisant les nombres figurant

dans l’énoncé.

Dans son livre, Stella BARUK explique que l’enseignement des mathématiques

tel qu’il est fait actuellement transforme les élèves en « automaths », puisqu’ils peuvent

répondre de manière absurde à des questions absurdes.

Dans son article « Le droit à l’erreur » Alain BOUVIER revient sur cette

expérience et montre la stabilité des résultats. Il incrimine le trop grand fractionnement

des apprentissages et le respect par les élèves de consignes incomprises.

Puisque l’enseignant a donné des énoncés, il faut utiliser toutes les données pour

répondre aux questions posées (le point de vu de l’élève). Pour l’enseignant, les

donnés dans les énoncés, ne doivent pas, nécessairement être toutes utilisées. L’élève

doit trier ce qui est bon pour la résolution du problème posé.

7.1 Les effets (pervers) de contrat didactique

Guy BROUSSEAU montre que la négociation continuelle du contrat didactique

tend à faire réviser à la baisse les objectifs d’apprentissage. L’effort demandé aux élèves

peut leur apparaître comme trop important. Le professeur a envie que ses élèves

réussissent. Il a tendance à leur faciliter la tâche de différentes manières: des

explications abondantes (on a vu qu’elles peuvent empêcher réellement de

comprendre), l’enseignement de «petits trucs » pour réussir les problèmes.

Parmi les échappatoires, les didacticiens ont repéré diverses attitudes qui sont de

véritables ruptures de contrat de la part de l’enseignant, dans la mesure où son contrat

est précisément d’amener les élèves à maîtriser les connaissances qui font l’objet de

l’évitement. Ces échappatoires Guy Brousseau9 les a décrits sous les termes ʺ d’effet

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