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Les conceptions en électricité élémentaire - Électricité en tant que fluide Ce type de conception qu’on retrouve surtout chez les élèves de primaire est caractérisé par une confusion entre les notions de courant, dʹénergie, dʹélectricité et de tension. Le courant est perçu comme « quelque chose » circulant dans le circuit de la pile à lʹampoule, de la même manière que lʹeau dans un circuit hydraulique. Cette chose sʹécoulant dans le circuit est parfois identifiée comme étant de lʹénergie, de lʹélectricité ou du courant. La pile est la source de lʹénergie/électricité qui sʹécoule dans le circuit. Les termes « énergie » et « électricité » sont utilisés pour désigner la substance matérielle sʹécoulant dans le circuit. La pile est perçue comme un contenant passif qui emmagasine seulement lʹélectricité et qui se vide alors que son contenu est consommé dans les éléments du circuit. Le courant circule rapidement dans le circuit et est « usé » dans lʹampoule. Les élèves adhérant à ce modèle tentent de brancher lʹampoule à la pile avec un seul fil, ce qui indique une forme quelconque de modèle unipolaire. La plus grande difficulté pour certains est de reconnaître lʹampoule comme étant un dispositif bipolaire. - Électricité en tant que courants opposés Dans cette conception, le courant est perçu comme de lʹénergie ou de lʹélectricité sʹécoulant dans les fils dʹun circuit des deux bornes de la pile vers lʹampoule. Il est supposé que les courants négatif et positif voyagent le long de fils séparés et quʹils se rencontrent dans lʹampoule pour produire de la chaleur et de la lumière. Ainsi, ce modèle prétend explicitement quʹil nʹy a pas conservation du courant. La pile est toujours perçue comme un réservoir dʹénergie/électricité, qui sʹépuise avec le temps en résultat de la consommation dʹénergie dans lʹampoule. Un circuit fermé est nécessaire pour allumer lʹampoule et le courant est supposé se déplacer rapidement dans le circuit. Les élèves mentionnent parfois les protons et les électrons, suggérant que le courant électrique est constitué de particules électriques se déplaçant dans le circuit. Électricité en tant que courants opposées Les conceptions en électrocinétique La compréhension des phénomènes électriques est grandement tributaire de la distinction des concepts de courant, dʹénergie, dʹélectricité et de tension. Il est donc primordial de bien définir ces termes. (Voir annexe 1) - Le raisonnement séquentiel Les élèves ont tendance à raconter lʹhistoire de quelque chose qui voyage le long dʹun circuit (électron par exemple) en subissant une série dʹaventures locales et sans rétroaction de lʹaval sur lʹamont. Voici deux exemples de raisonnements séquentiels tirée de la thèse de Lean Louis CLOSSET :6 L’analyse des réponses des étudiants confrontés à des questions sur des circuits électriques simples a permis à J-L Closset de mettre en évidence et de hiérarchiser quatre raisonnements principaux en électricité : - Le raisonnement local ; - Le raisonnement séquentiel ; - Le raisonnement à débit ou à courant constant ; - Le raisonnement systémique correct. Le raisonnement local est la première appellation que CLOSSET donnait au raisonnement naturel en électrocinétique des étudiants. Il a constaté que les réponses des élèves, surtout ceux du secondaire, sont basées sur un raisonnement extrêmement local. On peut citer ici comme exemple de ce type de raisonnement le commentaire suivant : pour un circuit constitué de deux ampoules placées en série et d’un générateur, certains élèves déclarent que la deuxième ampoule va briller moins fort que la première. Dans la tête des élèves, la pile ou le générateur débite un courant constant qui s’élance dans le circuit et qui se modifie localement en fonction des missions à accomplir ou des obstacles rencontrés avec l’idée que l’aval n’influence pas l’amont. Ce mode de raisonnement naturel a été baptisé par CLOSSET, dans sa thèse de doctorat, le raisonnement séquentiel. En ce qui concerne le raisonnement à débit ou à courant constant, ce dernier est détecté chez des étudiants beaucoup plus avancés dans leurs études (niveau universitaire). Ce type de raisonnement consiste à dire que si on change ou non les composantes électriques du circuit, le courant qui circule dans le circuit reste constant tant qu’on n’a pas changé le générateur. Enfin le raisonnement systémique est l’appellation qu’utilise CLOSSET pour le raisonnement scientifique correct. Dans sa thèse de doctorat, CLOSSET émet l’hypothèse que ce raisonnement séquentiel est lié à une conception particulière du circuit doté d’un point de départ privilégié, le générateur, et d’une règle de progression à partir de celui-ci en direction des divers éléments du circuit, donc à un sens privilégié aussi pour le courant électrique. Ce modèle « du livreur » a besoin d’un courant qui circule dans un sens bien déterminé, ce qui n’est plus vrai pour le courant alternatif qui s’inverse constamment et ne privilégie pas un sens particulier de circulation le long du circuit. Un raisonnement qui se réfère au courant devrait donc conduire à une réponse exacte par symétrie lorsqu’il s’agit d’étudier les circuits en courant alternatif. Pour mettre son hypothèse à l’épreuve, CLOSSET a construit quatre situations de même structures (deux dipôles identiques qui encadrent un troisième différent), mais fonctionnant en courant alternatif. Nous en reproduisons ici deux d’entres-elles7 : 1ère situation : Question La tension U1 aux bornes de R1 et la tension U2 aux bornes de R2 sont-elles en phases ou nom ? E1, E2 et E3 sont les différents groupes constituant l’échantillon expérimental de CLOSSET. E1 : des étudiants de fin d’étude secondaire, E2 : des étudiants de première année d’un premier cycle universitaire (scientifique) et E3 : des étudiants de 2ème année universitaire et des étudiants en maîtrise (scientifiques). CLOSSET a constaté qu’une proportion très significative d’étudiants de chacune des populations pratique encore dans cette situation, le raisonnement séquentiel. Une des justifications produite par un des élèves interrogés par CLOSSET est très significative : « La tension mesurée en R2 sera < à celle de R1, dû à la self-induction produite par la bobine, déphasé de π /2. » Cet élève, lie le déphasage à la diminution de la valeur de la tension. 2ème situation Question : On place l’oscilloscope tour à tour aux bornes de R1 et de R2 de manière à observer l’évolution du courant en fonction du temps dans chacune des résistances. Dessinez ce qui apparaît sur l’écran (allure générale) dans les deux cas en justifiant vos réponses. Lʹanalyse des réponses des élèves et des étudiants a montré que le raisonnement séquentiel existe encore avec des fréquences plus ou moins importante (variant de 24% à 43% suivant le niveau des populations). Ce raisonnement se résume comme suit : Entre les bornes de R1, la tension sera alternative car la diode nʹintervient pas. Aux bornes de R2, la tension sera redressée car la diode intervient. Les élèves ne considèrent pas le circuit électrique comme un système dont les composants sont en interaction. Ainsi, le fonctionnement de chaque élément du circuit est indépendant des autres. Cependant, la réalité est tout autre. En effet, lorsquʹon introduit un changement dans un circuit électrique, ce sont tous ses composants qui réagissent à cette action. Cette réaction nʹest toutefois pas instantanée. Lʹeffet dʹune modification se propage plutôt à la vitesse de la lumière dans le circuit. Bien que cette vitesse soit très grande (3 x 108 m/s), elle nʹest pas infinie. Lʹadoption dʹun modèle « mécanique » de lʹélectricité, dans lequel les électrons sont de petites balles se déplaçant dans des « fils-tunnels » ou dans lequel le courant électrique est un fluide, nʹest pas étrangère au raisonnement séquentiel. Il serait, de ce point de vue, profitable dʹaborder lʹélectricité comme un phénomène de champ. Cette approche a malheureusement le désavantage dʹêtre conceptuellement beaucoup plus difficile, mais elle permet tout de même de rendre compte dʹun plus grand nombre de phénomènes électriques. De plus, lʹanalogie hydraulique en usage dans lʹenseignement a pour effet de renforcer ce raisonnement séquentiel erroné. - Les conceptions concernant les Piles et les générateurs Le générateur est la source du courant; le reste du circuit est au départ vide de la matière qui y circulera (le courant). Vision du générateur comme réservoir de charges. Pour un générateur donné, le courant qui en sort est toujours le même, peu importe les composants du circuit. Remarques : Nous avons traité dans ce cours quelques exemples de conceptions en électrocinétique du courant continu. Pour approfondir vos connaissance sur les conceptions et les difficultés des apprenants en électrocinétique du courant alternatif, j’invite les lecteurs à consulter ma thèse de doctorat ( J. SAADI (2003)). Les conceptions ne sont pas propres à l’électricité, les recherches en didactique des sciences physiques ont montré , qu’il existe des conceptions spontanées en mécanique, en optique, en atomistique, sur les réactions chimiques… que nous n’avons pas traité dans ce cours et qui sont désormais bien connues8. |



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