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Éléments de didactiques |
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Le rôle de la simulation dans l’acquisition des connaissances Les nombreux travaux en didactique qui se sont intéressés à l’utilisation des simulations dans l’enseignement ont privilégié le coté épistémologique de la relation qui existe entre le monde des simulations, la réalité, le monde des théories et des Figure 10 : Le monde des simulations en physique et en didactique Cours de Didactique des sciences physiques de Jalel SAADI 2003 / 2004 58 modèles. Ces travaux ont mis l’accent sur l’analyse des potentialités des simulations, négligeant ainsi l’évaluation des effets de l’introduction de ces techniques sur l’apprentissage. Il semble évident que l’utilisation des outils multimédias dans l’enseignement, apporte un changement dans les traditions éducatives. Des difficultés d’apprentissage peuvent être surmontées grâce à ces outils qui fournissent la possibilité de la présence conjointe, du son, de l’image statique et animée. Mais, de nouvelles difficultés seront générées par l’introduction de ces derniers. Les questions qu’on peut se poser ici sont : Quel est l’apport de l’utilisation des multimédias dans l’enseignement ? Ces outils permettent-ils une intégration plus facile des nouvelles connaissances dans la trame des connaissances antérieures de l’apprenant? Et si nous admettons que ces outils ont un effet positif sur l’acquisition des connaissances, leur introduction dans l’enseignement va-t-elle favoriser la mémorisation des informations ou plutôt favoriser le développement de la capacité de transfert de connaissance ? La majorité des travaux de recherche qui se sont intéressés à l’effet de l’introduction des nouvelles technologies d’enseignement sur la cognition est Nord américaine. Dans les paragraphes qui suivent nous allons tenter de répondre aux questions que nous nous sommes posés en nous référant principalement au livre de Denis LEGROS et Jacques CRINON qui s’intitule « Psychologie des apprentissages et multimédia ». Dans ce livre, ces auteurs ont présenté un travail de synthèse des publications Nord américaines qui se sont intéressées à l’utilisation des multimédias dans l’enseignement et en particulier le rôle de l’image statique et des animations33 . 3.3.1 Rôle de l’image statique Les schémas et les images sont des sources d’information qui dépassent de loin tout ce qu’on peut dire verbalement à propos de l’objet qu’on veut définir, décrire ou représenter. En effet, une simple présentation d’une image ou d’un schéma peut parfois nous dispenser d’écrire des longs paragraphes pour les décrire. A ce propos J.P. MEUNIER (1999) disait : « Les schémas sont des ʺpaquets dʹinformationʺ dépassant largement ce que lʹon peut trouver dans les dictionnaires au sujet du sens des mots. Des concepts comme ʺoiseauʺ ou ʺchienʺ comportent tout un ensemble de faits et de relations en rapport avec ces animaux. Les schémas, disent Rumelhart et Norman, sont nos connaissances : ʺToutes nos connaissances génériques sont enchâssées dans des schémas » Dans un paragraphe qui s’intitule : Texte et image statique, Denis LEGROS et Jacques CRINON énumèrent trois types de connexions entre les informations verbales et les informations imagés présentées dans les situations d’apprentissage multimédia et les connaissances antérieures de l’apprenant : « Le premier type implique la construction des connexions représentationnelles entre l’information verbale présentée et la représentation verbale activée de cette information ; le deuxième implique la construction des connexions représentationnelles entre l’information imagée qui est présentée et la représentation visuelle que se construit l’apprenant de cette information ; le troisième implique la construction de connexions entre les représentations verbales et les représentations visuelles construites ( connexions référentielles). » Les deux premiers types de connexions (représentationnelles) sont utilisés pour des tâches de mémorisation alors que pour les tâches de transfert, les trois types de connexions (les connexions représentationnelles et les connexions référentielles) seront mobilisés. Les auteurs du livre se référent aux travaux suivants : (MAYER et MARENO (1998) ; MAYER, STEINHOFF, BOWER et MARS (1995)) pour montrer la validité du principe de contiguïté36, c’est à dire l’effet positif de la présentation simultanée des textes et des images sur la construction des connaissances et pour montrer que la présentation simultanée du texte et des images facilite aussi bien le processus de mémorisation que celui du transfert de connaissance. Si nous voulons résumer par un schéma (figure C-1-14) le rôle de l’image statique et les App rentissages qu’elle favorise, ce sera le suivant: Les performances dans les tâches de transfert dépendent de plusieurs facteurs. Legros et CRINON citent les connaissances antérieures de l’apprenant et les différences individuelles dans la capacité de traiter l’espace37 (la visualisation des formes, la rotation des objets et les activités d’assemblage). Les auteurs du livre citent les résultas des travaux récents dirigés par GYSELINCK, EHRLICH, CORNOLDI, De BENI et DUBOIS ( 2000) concernant l’amélioration des performances dans la résolution des problèmes nécessitant la production des inférences et leurs relations avec la qualité des habilités spatiales du sujet : « Les résultats de leurs expériences indiquent que dans une situation d’apprentissage avec un outil multimédia, la compréhension des textes portant sur les notions de base en physique est améliorée par la présentation des illustrations et ce, de façon plus importante pour les questions nécessitant des inférences que pour les questions nécessitant un rappel des faits (paraphrases)… Dans la condition texte + illustration, les étudiants avec de bonnes habilités spatiales améliorent leur performance pour les questions nécessitant la production d’inférences, alors qu’aucune différence n’est détectée en ce qui concerne les étudiants aux habilités spatiales faibles.» Ils ajoutent en se référant aux travaux de (MAYER et GALLINI (1990) ; MC DONALD et STEVENSON (1998)) que la présentation simultanée du texte et des images rend le processus de transfert plus efficace dans une tâche de résolution de problème chez les novices qui ont peu de connaissance sur l’objet d’étude, cependant, elle reste sans effet chez les sujets qui possèdent des connaissances assez poussées dans le domaine. 3.3.2 Rôle de la simulation Tous les travaux Nord Américains cités dans le livre : psychologie des apprentissages et multimédia se sont mis d’accord sur l’effet bénéfique de la présentation conjointe du texte avec les images sur l’amélioration des performances des apprenants lors de la résolutions de problèmes nécessitant la production d’inférence. Ce consensus ne semble pas avoir lieu lorsqu’il s’agit de montrer la supériorité de l’utilisation des images animées des animations et des simulations numériques. En effet les résultats présentés par LEGROS et CRINON et qui représentent un travail de synthèse des publications Nord Américaines sur la question montrent qu’ils sont mitigés et contradictoires. A ce propos ces deux auteurs disaient : « Certains concluent en faveur des animations (Rieber, 1990b ; Mayer & Anderson, 1991 ; 1992). D’autres n’indiquent aucune supériorité des images animées sur les images statiques (Wright, Milroy et Lickorish, 1999). »38 Ils ajoutent quelques lignes plus loin que selon SCHNOTZ (2001), le passage de l’image statique aux images animées présentent deux inconvénients. Le premier est la diminution de la compréhension globale en faveur d’une augmentation de la mémorisation des détails. La seconde est l’effet de distraction que peut provoquer la présentation d’une animation. SCHNOTZ ajoute que l’effet de distraction produit par la présentation de l’animation est incompatible avec la construction active des connaissances. Au terme de leur analyse de vingt-cinq études empiriques PARK et HOPKINKS (1993) imputent l’incohérence des résultats obtenus aux problèmes méthodologiques ou à l’inadéquation des outils utilisés avec les caractéristiques de la situation d’apprentissage. Park (1998)39 opte pour la supériorité des animations par rapport aux images statiques dans les situations d’apprentissages ou les phénomènes étudiés sont dynamiques et complexes. Il ajoute que les animations sont plus efficaces que les graphiques statiques pour la résolution de problèmes de transfert complexes, mais pas pour les problèmes simples. 3.4 Les avantages et les inconvénients de l’utilisation des simulations dans l’enseignement Les travaux de recherches sur le rôle des animations et simulations dans l’apprentissage ne sont qu’à leur début. Les avantages et les inconvénients de leurs utilisations dans l’enseignement ne sont pas totalement maîtrisés. Nous essayerons de mettre en lumière les points les plus importants. 3.4.1 Les avantages Denis LEGROS et Jacques CRINON (2002) finissent le paragraphe consacré aux animations par la conclusion suivante : « L’état actuel des connaissances nous permet de penser que la présentation des informations à l’aide des animations joue plusieurs rôles importants. Elle permet d’attirer et de maintenir l’attention du sujet ( Sharp et al, 1995), de représenter le domaine qui implique le mouvement explicite ou implicite ( White, 1984), d’expliquer les relations structurelles ou fonctionnelles entre plusieurs composantes des systèmes complexes et d’aider les sujets à construire les modèles mentaux des domaines en question ( Fredericksen, White & Gutwill, 1999 ; Gentner & Stevens, 1983 ; Kosma, Russell, Jones, Marx & Davis, 1996). Il semble important cependant de rester prudent et d’éviter la séduction de l’aspect ludique et attractif des animations ou des vidéos… » Dans cette citation les auteurs présentent les avantages de l’utilisation des animations en mettant l’accent d’une part sur son côté motivant et d’autre part sur son pouvoir de donner une vue globale et systémique du phénomène étudié. Nous ajouterons ici que les simulations rendent l’apprenant un élément actif dans la construction de ses connaissances car ces nouvelles techniques privilégient l’interactivité, la rétroaction et la possibilité de revenir aux simulations et aux explications chaque fois que l’apprenant sent le besoin d’y revenir pour consolider les connaissances qu’il a déjà construites ou qui sont en construction. Favorisant ainsi, une progression personnalisée dans l’acquisition des connaissances. Ce qui est difficilement réalisable avec les cours traditionnels tutoriaux. 3.4.2 Les inconvénients Un des inconvénients majeur de l’utilisation des simulations dans l’enseignement est que les élèves et les étudiants lui attribuent un statut moindre par rapport au statut qu’ils donnent habituellement aux formalismes mathématiques. Les étudiants perçoivent ce niveau comme étant ni de la réalité, ni de la théorie (BEAUFILS, 2001). 40 Le fait de ne pas lier le monde des simulations à la réalité est légitime voire même nécessaire vu que les simulations sont basées essentiellement sur un modèle et par définition même du mot modèle en physique, ce dernier ne représente pas la réalité, il représente une tranche de la réalité empirique, perçue par celui qui tente de la modéliser. D’ailleurs, toute utilisation faisant référence à la réalité est dans ce cas une erreur fondamentale (BEAUFILS, 2001).41 L’effet de distraction est le deuxième inconvénient que nous allons traiter ici. Il est clair que lors de la première présentation par l’enseignant d’une simulation, l’attention va être focalisée sur les mouvements, les couleurs et les schémas présents dans la simulation. Quelques minutes plus tard, leur attention se focalisera peu à peu sur le contenu et ils passeront à la mémorisation des détails. Une compréhension globale ou une vue systémique ne sera atteinte qu’un peu plus tard. C’est à dire après avoir vu la simulation à plusieurs reprises. Nous ne pouvons pas affirmer que les élèves atteindront ce stade au bout de combien de minutes car cela dépend de beaucoup de paramètres liés à l’utilisateur ( son age, son degré de maîtrise des outils informatiques, sa motivation personnelle, son image de soi concernant le phénomène visualisé…). Donc si nous nous résumons, il y a trois étapes nécessaires par lesquelles passe l’apprenant devant ces simulations : La phase de distraction La phase de mémorisation des détails La phase de la construction de vue systémique du phénomène simulé. La première phase qui est considérée par certains comme un inconvénient s’opposant à une construction active des connaissances (SCHNOTZ (2001)), n’est que passagère. En effet, cet effet de distraction ne dure que quelques minutes ou quelques dizaines de minutes et s’atténue au fur et à mesure que l’apprenant commence à se familiariser avec ces nouvelles techniques. De plus, cet effet n’est pas aussi néfaste qu’il apparaît, il peut devenir le catalyseur de la construction des connaissances. Divers travaux de recherche (BRUNER, BANDURA, LEVY-LEBOYER…) mettent l’accent sur le rôle de la motivation dans la construction des connaissances. Ces travaux distinguent au moins deux facteurs qui peuvent être déterminants dans la motivation d’une personne pour entamer une étude donnée et la réussir. Le premier est un facteur intrinsèque à lʹapprenant : il s’agit de son image de soi concernant le domaine d’étude en question. Le deuxième est externe et c’est ce qui nous concerne ici. Une méthode qui utilise les nouvelles technologies d’enseignement et plus particulièrement les simulations attire |