Éléments de didactiques

 

ENSEIGNER AUTREMENT!

 

                        Évolution  de l’évaluation

 

 

Conception classique de l’évaluation formative :

Il n’est pas inutile de rappeler que l’évaluation formative est liée historiquement à la pédagogie par les objectifs , née dans les années 50 en Amérique du Nord. Cette approche est inspirée des conceptions behavioristes et néo-behavioristes selon lesquelles « l’objet de la psychologie est exclusivement limitée aux données observables du comportement extérieur » Baldy(1989). Certes cette évaluation a plusieurs points forts (nous l’avons déjà signalé):

- Elle s’intègre au processus même de l’apprentissage

- Elle contribue à l’efficacité de l’apprentissage

-Elle vérifie l’apprentissage à des moments donnés et de façon continue (succession d’interventions pour vérifier la progression des apprentissages)

- Elle a plusieurs fonctions : fonction d’activité pédagogique,  d’aide, d’orientation….

Ainsi, avec les recherches théoriques et expérimentales sur l’évaluation, cette conception classique de l’évaluation formative, ancrée dans la pédagogie par les objectifs a été supplantée par l’émergence d’une conception nouvelle qui tente d’intégrer les résultats et les démarches de la psychologie cognitive ainsi que les apports de travaux didactiques récents. Certaines critiques ont donc été formulées contre cette forme d’évaluation par la pédagogie de succès et la pédagogie de maîtrise en lui reprochant  une inadéquation entre le visé et le réalisé,une centration sur la logique de contenu , dont les composantes sont l’analyse des programmes, le tableau de spécification, la classification des objectifs , les objectifs terminaux et les objectifs ..intermédiaires…L’enseignement serait, d’après les détracteurs, pareil à un morceau de musique, joué avec des notes et des séquences sans unité évidente !(notion de mosaïque reprise par De Ketele)  et une technologie poussée des objectifs qui fait perdre à l’apprentissage son unité et sa signification.

On a assisté alors à la naissance d’un nouveau concept et d’un nouveau courant pédagogique, la pédagogie de maîtrise avec en référence le constructivisme piagétien avec, comme corollaire évident l’évaluation formatrice // évaluation formative action interne et action externe c’est à dire former est se former les critiques se situent à 3 niveaux :

              niveau 1: problème de la définition des objectifs d’apprentissage.

              niveau 2: problème de la maîtrise (appréciation) des objectifs par les élèves.

              niveau3 : problème de l’efficacité de la maîtrise du savoir et sa transférabilité.

 

Efficacité de l’appropriation du savoir :

 

La pédagogie de la réussite, variante de la pédagogie de la maîtrise est une pédagogie des instruments qui optimisent l’apprentissage des élèves. Il y a ici aussi une activation de l’évaluation formative mais avec une approche à long terme différente de celle de la pédagogie par les objectifs une approche avec plus de rationalisation où efficacité certes mais aussi efficience qui en se conjuguant, facilitent les apprentissages et permettent une productivité maximale (règle des deux sigma). En effet, dans l’approche par les objectifs, l’évaluation formative propose des situations types et des activités types adéquates mais simples et limitées ; de ce fait, le rapport au savoir, artificiel et différent d’une construction réelle n’autorise pas un transfert authentique ; l’apprentissage resterait cloisonné dans un présent immédiat et ne répond pas aux objectifs déclarés de l’enseignement apprentissage. En revanche, dans la pédagogie de maîtrise, l’apprentissage est focalisé sur l’objectif de maîtrise dont la traduction est le transfert et l’intégration.

Ces approches de l’évaluation qui s’inscrivent dans une conception optimisante des apprentissages( pédagogie de la maîtrise, de la réussite, approche constructiviste…) ne sont ni une négation, ni refus de l’évaluation formative, mais un dépassement avec une autre problématique et de nouvelles questions : la question des processus ;l’évaluation formative telle que nous l’avons défibie vise à repérer, à travers une grille de critères et à  chaque étape du processus d’apprentissage, les écarts entre le résultat atteint et celui escompté.

 

 La nouvelle conception  de l’évaluation formative :

 

Dans la conception cognitive, l’évaluation formative distingue entre le produit et la manière dont il a été atteint. Elle se centre sur ce qui se passe entre la question et la réponse ; elle valorise les processus cognitifs(mentaux) qui sous-tendent le comportement observé(ou le résultat atteint).Bref, elle cherche à comprendre pour ne pas être une « mécanique morte » ! Les travaux de Bonniol (1981), Amigues(1983),Guignaud(1983), Merrieu(1986) , Allal (1990) Nunziati(1984) confirment cette idée selon laquelle l’évaluation doit être centrée sur les processus plutôt que sur les réponses pour qu’elle remplisse ses fonctions de renforçatrice, correctrice, régulatrice (Guignard-Andreucci ,1981) . Meirieu( 1986) note que  « l’évaluation diagnostique doit être complétée par l’évaluation en situation, l’observation de l’apprentissage en actes, des stratégies utilisées et des effets produits… ». Cette évaluation aura , selon la plupart des auteurs 3 fonctions à savoir : Les fonctions de renforcement, de remédiation et de régulation.

 

De l’évaluation formative à l’ évaluation formatrice :

Pour appuyer ce changement et signifier ce dépassement, Nunziati propose le concept d’ « évaluation formatrice » qui rend compte de trois objectifs jugés fondamentaux, à savoir :Les représentations des objectifs à atteindre, le contrôle personnalisé (auto- contrôle) et  la planification préalable des activités. De son côté, Allal propose le terme d’ « évaluation intégrée » et de « régulation interactive ».

Ce qui compte dans cette évaluation c’est de comprendre l’activité de l’élève, son fonctionnement cognitif et les stratégies qu’il met en oeuvre pour pouvoir formuler des hypothèses diagnostiques et proposer les régulations et les remédiations nécessaires ainsi que d’autres situations d’apprentissage plus appropriées.