Éléments de didactiques

 

ENSEIGNER AUTREMENT!

Les concepts de didactique2

Les conceptions / Les représentations

 Définition

C’est un concept « nomade » puisqu’on le retrouve dans de nombreux champs

disciplinaires (psychologie cognitive, psychologie sociale, épistémologie…). C’est

Astolfi, Sanner et Giordan qui inspirés des travaux de Bachelard, le feront pénétrer

dans le champ des didactiques.

La définition que nous adopterons pour ce concept est la suivante :

Les conceptions se présentent comme Un ensemble d’informations, d’attitudes

et d’opinions, formant un système explicatif personnel, structuré et organisé ayant

comme fonction principale l’appréhension du monde physique.

3.2 Précisions terminologiques

Tout d’abord, qu’entendons-nous par les mots « conceptions » ou

« représentations » des élèves ? Ce concept nécessite quelques éclaircissements, surtout

 

 

en ce qui concerne le sens que nous lui attribuons et l’usage que nous en ferons dans

ce cours. Actuellement, contrairement à ce que l’on pensait autrefois, il semble se

dégager un consensus à l’effet que l’élève n’arrive pas à la classe l’esprit vierge de toute

conception. Il a déjà des représentations mentales, souvent erronées, de ce qu’il doit

étudier. Cependant, la réception d’un message, l’analyse d’un fait ne peut être

effectuées par l’élève qu’à travers son propre système explicatif du monde.

Ce genre de connaissance, qui représente le plus souvent un écart par rapport au

savoir institutionnel ou scientifique, est connu dans la littérature sous plusieurs

appellations. Le mot le plus utilisé pour désigner le savoir de l’élève est sûrement celui

de « représentation ». Ce mot prend des significations différentes selon les écoles qui

l’utilisent, ce qui est le cas en psychologie, en philosophie, en pédagogie et en

didactique. On trouve aussi d’autres appellations, comme « raisonnement spontané »,

« conception », « préconception », « représentation préscientifique », « conception

erronée », « misconception »... Il est évident que toutes ces appellations ne sont pas

équivalentes dans l’esprit des gens qui les privilégient. En effet, la préconception

apparaîtra comme immature ou incomplète par rapport à la norme établie, alors qu’une

conception erronée sera définie comme une conception fausse. Giordan et Vecchi (1987)

ont relevé à ce sujet 28 qualificatifs, allant de « préreprésentations rémanentes » à

« prérequis », et 27 synonymes, passant du « déjà-là » aux « pupilles paradigmes ».

Il paraît clair que ce concept est pour le moins ambigu et que ces différentes

appellations qu’on lui donne en font un concept « mou » à définition « floue » (Giordan

et Vecchi, 1987). Giordan et Martinand (1988) suggèrent d’abandonner le terme

« représentation » au profit de celui de « conception » afin de pallier « l’effet de

brouillage » dû à l’utilisation du premier terme dans différents champs disciplinaires.

3.3 Intérêt ressenti par rapport aux conceptions des apprenants : Comprendre

pourquoi les élèves ne comprennent pas

En 1938 Gaston Bachelard écrivait : « J’ai souvent été frappé du fait que les

professeurs de sciences, plus encore que les autres si c’est possible, ne comprennent

Pas qu’on ne comprenne pas » (Bachelard, 1938). On peut sans doute dire que la question

de savoir pourquoi ils ne comprennent pas fut la question centrale des débuts de la

didactique pratiquement jusqu’à nos jours. Nous faisions l’hypothèse, banale

aujourd’hui, mais énorme pour l’époque, que derrière les erreurs systématiques

rencontrées chez nos élèves et nos étudiants existait une structure et qu’il était possible

de la décrire. Autrement dit nous nous proposions de modéliser un fonctionnement qui

serait commun, si pas à tous les élèves, au moins à une majorité de ceux-ci.

Bachelard avait déjà perçu quelque chose lorsqu’il écrivait :

« Quand il se présente à la culture scientifique, l’esprit n’est jamais jeune. Il est

même très vieux, car il a l’âge de ses préjugés ».

 

Une grande partie des recherches en didactique des disciplines portent sur les

conceptions des élèves. C’est d’ailleurs grâce à ces recherches qu’on a pu identifier « le

raisonnement causal linéaire » étudié par Laurence Viennot (1979), le raisonnement

séquentiel en électrocinétique (Closset, 1983), etc. Ces recherches sont à l’origine du

développement actuel des didactiques.

L’enfant, dès ses premiers contacts avec la vie, se trouve confronté à un monde

qui l’interroge. Il va rapidement chercher à répondre à ces questions, seul ou en

interaction avec son entourage. L’adolescent et l’homme adulte continuent de la même

manière à chercher des réponses aux questions que soulèvent leurs interactions avec le

monde qui les entoure. Les réponses fournies, les descriptions de la nature qu’elles

engendrent sont cependant basées sur un nombre restreint d’observations et ne

contiennent pas d’interrogation explicite sur la limite de validité du savoir partiel ainsi

construit que nous appellerons, à l’instar de Bachelard, « connaissance commune » ou «

savoir commun ».

Ce savoir se satisfait d’une explication plus immédiate et d’un pouvoir prédictif

davantage limité aux cas du vécu quotidien sans expérimentation systématiquement

construite pour le vérifier ou l’infirmer. Néanmoins cette connaissance se trouve

souvent confirmée et renforcée par le vécu quotidien et devient rapidement, pour celui

qui la possède, non questionnable, non falsifiable. Les faits nouveaux vont de ce fait être

ramenés au connu par un système plus ou moins complexe d’explications. Rarement

des expériences nouvelles remettront en cause la connaissance antérieure, l’individu

allant même jusqu’à nier l’expérience.

Le savoir ainsi produit est incomplètement structuré et ne constitue pas un

système entièrement cohérent. Il l’est cependant par morceaux, par îlots. Il possède

souvent une très grande stabilité mais est totalement implicite dans sa construction

comme dans son fonctionnement. Il résulte enfin d’un processus de construction

essentiellement individuel : c’est le savoir d’un individu, même si, comme le montre de

très nombreuses études en didactique, on le retrouve chez de nombreux individus.

Giordan (1992) partage ce point de vue en disant :

« ….L’élaboration des concepts constitue une activité propre de l’apprenant

où ce qu’il connaît déjà joue un rôle déterminant. C’est avec cette

connaissance préalable qu’il va décoder l’information reçue et tentera de

comprendre ce que le professeur attend de lui. »

A l’opposé, le savoir scientifique ne résulte pas d’une construction individuelle.

Il a été produit collectivement et historiquement. La connaissance scientifique est,

autant que faire se peut, totalement explicite, elle est par essence questionnable,

entièrement structurée et cohérente.

Ces différences de nature entre ces deux savoirs font problème au niveau de

l’enseignement. En effet, l’esprit de l’élève ou de l’étudiant qui aborde une matière

nouvelle n’est pas vierge : il « connaît » déjà quelque chose au sujet de la matière qui lui

est proposée. Enseigner ne consiste donc pas à écrire sur une page blanche, d’abord

parce que la page n’est pas blanche et ensuite parce que ce n’est pas le maître qui écrit

mais l’élève. Il aura toujours tendance à replacer la matière proposée dans le cadre de

référence ancien avec lequel il l’appréhende.

De nombreuses études ont montré qu’après enseignement d’une matière, la

connaissance commune reste souvent dominante. L’élève accueille dans un savoir

possédant déjà certaines structures les connaissances qu’on veut lui apporter. Le plus

souvent l’enseignement échoue à modifier ces structures préexistantes. Les

connaissances nouvelles sont seulement plaquées sur le savoir ancien sans le modifier.

L’enseignement n’atteint qu’un succès immédiat : dès qu’on modifie les conditions qui

furent celles de l’apprentissage, la connaissance commune réapparaît. Elle se transfère

de préférence au savoir scientifique.

En voyant les choses sous cet angle, les conceptions se situent alors au coeur

même du projet didactique. C’est pour cette raison que les didacticiens

(constructivistes) ont accordé beaucoup d’importance au savoir des apprenants en

adoptant l’idée que l’on construit ses connaissances à la fois « avec » et « contre » ses

connaissances antérieures. Donc, partant de ce point de vue, il nous paraît trivial

Qu’avant de définir un enseignement, il soit préférable, voire même essentiel, de faire

L’inventaire de ce que l’élève connaît déjà et de connaître son mode de raisonnement.

· Caractéristiques des conceptions:

Contextuelle

ténacité

Résistance

Transversalité                                                   savoir scolaire

Cohabitation mentale                                       conceptions

Caractère évolutif

 Contextuelle

Pour Jean Migne une conception est «  un modèle personnel d’organisation des

connaissances par rapport à un problème particulier » (Astolfi, et al, 1997). Les

conceptions dépendent donc de la situation dans laquelle l'apprenant se trouve placée.

De nombreuses recherches ont en effet montré que si l’on pose la même question aux

 

mêmes élèves, placés dans des contextes différents, alors les productions dʹélèves

pourront être significativement différentes d’un contexte à l’autre (Laperrière-Tacusel,

1994). Les conceptions seront étudiées dans un contexte défini et précisé. Ce sont des

hypothèses que les chercheurs font pour interpréter des productions d’élèves en

relation à une situation, une question ou un problème donné.

Les productions des élèves ne sont pas les conceptions des élèves, mais sont des

réponses adaptées lorsque l’on place les élèves dans un contexte donné. Le chercheur

ou L’enseignant va inférer les conceptions à partir des productions.

Ténacité

Ces conceptions qui sont à l’origine des erreurs des élèves ne se définissent pas

comme un manque de connaissances. Elles sont, au contraire, des connaissances

relativement organisées (du moins par situation), dotées d’une certaine cohérence

interne. Surtout, elles permettaient d’expliquer certains problèmes (particulièrement

ceux du vécu quotidien).

Ces conceptions avaient donc leurs succès : elles représentaient une facilité

qu’accorde l’esprit pour penser les phénomènes, qui, maintenant, se révèle fausse ou

simplement inadaptée. C’est d’ailleurs ce qui explique en partie leur relative stabilité et

leur résistance par rapport à un enseignement scientifique, même de longue durée et de

haut niveau, surtout si ce dernier ne prend pas en considération le “ déjà-là ” des élèves.

En effet, chaque fois qu’on croit les avoir dépassées, elles refont surface.

Ces résistances ont été montrées chez plusieurs auteurs. Clément l’a en particulier

montré en étudiant l’évolution des conceptions de la digestion de l’école élémentaire à

L’université. Les conceptions sont tenaces :

- parce qu’elles sont confortées par notre environnement sensitif

- parce qu’elles fonctionnent de façons cohérentes

- parce qu’elles font appel à un raisonnement qui suit un principe d’économie

- parce qu’elles sont fonctionnelles

Nous pensons que c’est dans la nature même de l’être humain de revenir

toujours à la commodité de ses connaissances premières, qui présentent une facilité

pour l’esprit et qui s’éloignent de l’incommodité que représente le savoir scientifique, si

complexe et si abstrait. On retrouve même cette idée dans la maxime populaire :

« Chassez le naturel, il revient au galop ».

 

 

 

  Transversalité

Diverses représentations qui portent sur des notions sans lien apparent, peuvent

apparaître, à l’analyse, comme points d’émergence d’un même obstacle et inversement

l’apprentissage d’une seule notion scientifique nécessite le dépassement de plusieurs

obstacles.

Cohabitation mentale

Les élèves disposent fréquemment de deux systèmes explicatifs, permettant

chacun de résoudre des problèmes dans un certain domaine de validité. L’un des

systèmes est didactique (le savoir scolaire), l’autre est propre à l’élève ( les conceptions

). Chacun se trouve activé en fonction des situations ou des questions proposées.

Le premier système explicatif sera mobilisé pour faire face aux situations

scolaires, dès que l’élève ou l’étudiant reconnaît une situation canonique déjà

rencontrée. Dès que les problèmes deviennent quelque peu nouveaux, ce sont les

conceptions issues du sens commun qui sont mobilisées, même si elles entrent en

contradiction avec ce qui a été enseigné.

On peut donc dire que des conceptions différentes cohabitent chez un même élève de

façon indépendante les unes des autres, chacune permettant de résoudre une classe de

problèmes spécifiques.

 Caractère évolutif

La structure des connaissances en mémoire est en continuel changement. Ce

changement s’effectue en fonction des informations collectées par l’individu dans son

environnement quotidien. Cet environnement intègre l’école, la famille, les pairs et les

moyens d’informations audiovisuels. Donc, les connaissances des phénomènes et, par la

suite, les conceptions ne sont pas statiques, elles sont en perpétuel changement.

La question qui se pose ici est la suivante : si ces conceptions ont un caractère